Il fut un temps où l’Islande restait l’apanage d’une poignée de voyageurs intrépides. Au début des années 1990, le pays accueillait à peine 130 000 visiteurs par an. Trois décennies plus tard, en 2023, ils étaient plus de 2,2 millions – soit près de six fois la population islandaise.
Une ascension fulgurante, alimentée par des campagnes marketing visionnaires, la viralité des réseaux sociaux et des paysages naturels spectaculaires. Le programme #MyStopover, lancé en 2014, avait transformé de simples escales en aventures nordiques, inondant Instagram de lagunes glaciaires, de plages de sable noir et de sources d’eau chaude fumantes.
Mais derrière ce succès planétaire, un défi s’impose : celui du surtourisme. La capitale Reykjavik, le Blue Lagoon et le Cercle d’Or concentrent l’immense majorité des flux, au point de menacer l’équilibre fragile de ces sites. L’Islande, consciente des risques, encourage désormais les voyageurs à emprunter d’autres routes.
Un confort digne de la classe affaires
Cap au nord : fjords sauvages et culture authentique
Le nord du pays offre une alternative spectaculaire et apaisée. Fjords abrupts, sources géothermiques et villages côtiers préservés dessinent un territoire encore confidentiel. Akureyri, la “capitale du Nord”, et Húsavík, réputée pour ses sorties en mer, constituent des points d’ancrage parfaits. Surnommée la “capitale européenne de l’observation des baleines”, Húsavík propose des excursions avec 97 % de chances d’apercevoir cétacés et orques. Beaucoup d’anciens bateaux de chasse ont été reconvertis en navires touristiques, souvent équipés de moteurs électriques, pour des sorties plus silencieuses et respectueuses de la faune.
Entre saga et patrimoine
Au-delà de ses paysages, le nord dévoile une plongée dans l’histoire islandaise. À Sauðárkrókur, le musée 1238: The Battle of Iceland propose une expérience immersive retraçant la bataille d’Örlygsstaðir grâce à la réalité virtuelle. Plus loin, les maisons de tourbe de Glaumbær et l’église de Víðimýri rappellent l’ingéniosité des habitants, capables de bâtir des foyers confortables dans un climat rude. Ces architectures aux toits végétalisés, semblables à des décors de contes, incarnent l’adaptation millénaire des Islandais à leur environnement.
Héritage pastoral et traditions vivantes
Impossible d’évoquer le nord sans parler des moutons islandais, descendants directs de ceux amenés par les Vikings. Leur laine a donné naissance aux célèbres lopapeysa, ces pulls aux motifs circulaires reconnaissables entre mille. Symbole national et trésor artisanal, ils relient les générations et s’exportent aujourd’hui dans le monde entier. Certains voyagistes, comme Green EdVentures, organisent même des séjours où l’on apprend à tricoter son propre lopapeysa aux côtés de passionnées locales.
Voyager autrement
Avec son succès, l’Islande a dû poser des garde-fous. En 2017, le pays a lancé le “Icelandic Pledge”, un serment invitant chaque visiteur à adopter une attitude responsable et respectueuse des paysages. Car si le pays attire toujours plus de curieux, il cherche désormais à canaliser le tourisme vers des territoires moins fréquentés, afin de préserver ses écosystèmes et son identité culturelle.
Le nord incarne cette nouvelle philosophie : un voyage plus lent, plus intime, où les fjords remplacent les files d’attente et où chaque rencontre raconte une histoire. Pour les voyageurs avertis, c’est l’assurance de découvrir l’Islande autrement – dans toute son authenticité.
