À 380 marches sous la surface, les parois grises ressemblent à de la roche ordinaire. Pourtant, elles ont un goût bien particulier : celui du sel.
Les visiteurs du site sont même invités à le vérifier… en léchant les murs.
À quelques kilomètres au sud-est de Cracovie se cache un univers souterrain fascinant : la Mine de sel de Wieliczka. À la fois cathédrale sculptée dans la roche, vestige industriel et attraction touristique spectaculaire, ce labyrinthe minéral attire chaque jour des milliers de curieux.
Inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1978, la mine a cessé toute extraction de sel en 1996. Mais après plus de sept siècles d’activité et plus de 240 kilomètres de galeries creusées dans la roche, elle continue de vivre — transformée en véritable musée souterrain.
Un labyrinthe creusé sur neuf niveaux
Au fil des siècles, les mineurs ont sculpté un réseau impressionnant de galeries réparties sur neuf niveaux, atteignant jusqu’à 330 mètres de profondeur.
Aujourd’hui, seule une petite partie — environ 2 % du site — est accessible au public. Mais cette fraction suffit à impressionner. Les visiteurs peuvent suivre un parcours touristique de plus de trois kilomètres, guidés à travers chambres monumentales, statues de sel et lustres étincelants.
Pour les plus aventureux, une seconde option existe : la « route des mineurs ». Casque, lampe frontale et équipement de sécurité sont alors fournis pour une immersion plus authentique dans l’univers minier.
Pourquoi les murs ne sont-ils pas blancs ?
Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, les parois ne sont pas immaculées. Leur teinte grisâtre provient d’impuretés naturelles.
La roche contient entre 90 et 95 % de chlorure de sodium, le reste étant composé de sable, d’argile et d’autres minéraux. Malgré cette couleur sombre, le sel reste parfaitement comestible — autrefois utilisé pour conserver les aliments sans raffinage.
Cette roche saline, appelée halite, s’est formée il y a environ 13,5 millions d’années lorsque d’anciens bassins marins se sont évaporés. Les mouvements tectoniques des Carpates ont ensuite rapproché ces couches de la surface, permettant leur exploitation.
Une attraction touristique depuis trois siècles
Les premières visites remontent au XVIIIᵉ siècle. Les visiteurs pouvaient alors assister à des feux d’artifice dans les galeries ou naviguer sur un lac souterrain. Parmi les hôtes célèbres figure l’astronome Nicolas Copernic, qui aurait visité la mine en 1493. Une statue de sel lui rend aujourd’hui hommage.
Mais le véritable joyau du site reste la spectaculaire chapelle dédiée à Sainte Kinga. Sculptée dans une ancienne chambre minière sur une période de 67 ans, cette église souterraine monumentale possède autel, bas-reliefs et lustres entièrement taillés dans le sel. Des messes y sont encore célébrées aujourd’hui.
Un lieu insolite entre musée, spa et salle d’événements
La mine de Wieliczka ne se limite plus à la visite historique. Certaines cavernes ont été aménagées pour accueillir des événements, concerts ou réceptions.
L’une d’elles a même servi de décor à un saut à l’élastique et à une montgolfière captive.
Plus surprenant encore : un centre de bien-être se trouve à 140 mètres sous terre. L’air y est particulièrement pur, chargé de minéraux et presque dépourvu de bactéries — un environnement réputé bénéfique pour les personnes souffrant d’allergies ou de troubles respiratoires.
Aujourd’hui, plus de 380 mineurs travaillent encore dans les galeries — non plus pour extraire du sel, mais pour protéger le site. Leur mission principale : surveiller les infiltrations d’eau, capables de fragiliser les cavernes.
Grâce à ce travail discret, ce royaume souterrain sculpté dans le sel continue d’accueillir des visiteurs du monde entier — fascinés par l’un des lieux les plus insolites d’Europe.
